La Vierge Marie dans le cinéma


 

L’ère de l’image animée, sous toutes ses formes, offre de nombreuses possibilités pour mieux faire connaître et aimer la Vierge Marie, et nombreux sont les films qui en ont traité, directement ou indirectement. Les intentions des réalisateurs de cinéma peuvent obéir à des projets différents : réaliser des films dits ‘documentaires ‘sur les apparitions, ou sur la culture mariale, au sens large du terme (par exemple la Vierge Marie dans l’art, les cathédrales mariales, etc.) ne répond pas au même objectif que de prendre la vie de Vierge Marie comme sujet d’un film dit de ‘fiction’ : les uns ont un lien direct avec la réalité culturelle ou historique, et s'attachent à en rendre compte; les autres entrent dans la réalité spirituelle, pour la donner à voir, à expérimenter. Ces films dits de fiction supposent d’autres mises en œuvre et perspectives : évoquer le surnaturel dans un film suppose l'utilisation d’effets spéciaux, de processus narratifs et d’éléments symboliques entrer dans une recherche artistique, véritable gageure pour les réalisateurs… 

 

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Les films marials

Si quelques longs métrages ont été réalisés spécifiquement sur la Vierge Marie,(on peut citer le film français de Jean Delannoy, "Marie de Nazareth", sorti en 1995), la plupart des films où est évoqué le mystère marial sont cependant ceux qui portèrent à l'écran la vie de Jésus, tel le fameux  "La Passion selon Saint Mathieu" de P.P. Pasolini, qui reçut le prix spécial du jury au Festival de Venise, en 1964 ou, beaucoup plus récemment, le film américain "Jesus", de Peter Sykes et John Krish[1], produit par John Heyman, primé au festival de Cannes. Écrit à partir de l'Évangile selon saint Luc -l’évangile le plus riche en références à la Vierge Marie[2]-, ce film a été traduit en 40 langues et vu jusqu'ici par plus d'un milliard de personnes dans le monde...Le film de l'américain Mel Gibson, intitulé "La Passion", sorti en 2003, qui met en scène l’accompagnement de Jésus par la Vierge Marie au Calvaire, fut également, dès sa sortie, un immense succès populaire, et fait partie intégrante de toute l’histoire du cinéma.

 Des choix techniques et esthétiques

L’exemple du motif de l’Annonciation au cinéma peut constituer un bel exemple de cette gageure : dans le film De la Crèche à la Croix (From the Manger to the Cross, 1912) qui est l'un des premiers longs métrages américains, Sidney Olcott a utilisé la technique de l’exposition double pour représenter l’ange Gabriel, et la flaque lumineuse sur le visage et la personne de Marie. Dans le film de George Stevens intitulé The Greatest Story ever told[3] (La Plus Grande Histoire jamais contée, 1965), qui se veut une adaptation cinématographique fidèle aux évangiles de la vie de Jésus, le processus narratif utilisé pour présenter l’épisode de l’Annonciation est celui du ‘flash back’ : la Vierge Marie réfléchit sur l’événement de la Nativité en reprenant les paroles de l’ange à l’Annonciation. Dans le film Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli (Jesus of Nazareth, 1977[4]), l’Annonciation est montrée en temps réel, mais elle se produit la nuit.

« Marie est réveillée par une présence invisible, suggérée par l’intense lumière qui se déverse de sa chambre à coucher. L’événement montre les réactions humaines successives de Marie »[5]

La présence du surnaturel force donc les réalisateurs à des choix techniques et esthétiques qui ne peuvent qu’intéresser ceux qui y sont sensibles.

Montrer ou suggérer ?

En outre, l’un des choix décisifs en ce domaine est celui qui est au cœur de toute représentation : faut-il montrer ou suggérer ? Trop montrer risque de tomber dans l’écueil du spectaculaire, voire du voyeurisme, ou dans une représentation trop humaine de la Vierge Marie : les choix esthétiques les plus intéressants sont de ce fait ceux qui conservent la part voilée du mystère.

La figure mariale

L’image de la Vierge Marie sera, selon les films et les époques, présentée de façon différente : elle peut être, par exemple, utilisée comme figure d’un idéal romantique de beauté et de pureté. En ce cas, représenter la Vierge Marie peut devenir, selon le père Roten, ancien Directeur de l’International Marian Research Institute (IMRI) , une via pulchritudinis: le film marial peut alors « être associé à la voie de la beauté en mariologie »[6]Il peut donc prendre pleine valeur théologique.

Fidélité ou prétextes idéologiques ?

Enfin, il convient de discerner l’intention des réalisateurs de films marials, au sens large du terme : la démarche du cinéaste est-elle celle d’une conformité, d’un respect des sources évangéliques et de la figure de la Vierge Marie? A-t-elle en ce cas une quelconque visée catéchétique, plus ou moins consciente, plus ou moins affirmée ? Est-elle au contraire résolument dirigée contre la figure de la Vierge Marie, détournant la figure mariale à des fins idéologiques, voire blasphématoires ? Ces questions constituent le cœur de ce thème. Quoi qu'il en soit, le grand nombre de films dans lesquels la Vierge Marie est honorée constitue un trésor, que nous vous proposons de vous présenter.

Entrons donc dans le monde du cinéma marial…

 

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Pour en savoir plus

Sur la Vierge Marie dans le cinéma, en ligne 

 

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Organisation de la section

 

L’étude –qui n’est pas exhaustive- est organisée selon une perspective chronologique, puis générique. Les films traitant de la Vierge Marie ou de la Vierge Marie et du Christ sont en effet présentés, dans la mesure du possible, dans le mouvement artistique qui les a vus naître ou dans une période circonscrite, mettant l’accent sur l’esthétique de chaque période et les conséquences qu’elle a sur la figuration de la Vierge Marie: les premières représentations cinématographiques de la Vierge Marie dans le cinéma muet, la figure de Marie dans le mélodrame (1910-1930), dans le film épique (Hollywood 1930-1950), dans le cinéma néo-réaliste italien (1944-1964), dans le cinéma existentialiste ... L’étude proprement historique se termine avec une analyse du renouveau du cinéma marial, que l’on peut dater des années 80. La dernière partie de l’étude se consacre à la figuration symbolique explicite de la Vierge Marie, et à quelques exemples de représentations plus ou moins ambigües, voire parodiques, de la Vierge Marie, pour se terminer par une approche générique et analytique de quelques documentaires marials.

 

 

Isabelle Rolland