Les Icônes et l'iconographie mariale


 

Le terme d’ « iconographie », qui est souvent employé pour parler de l’art des images, nécessite une explicitation. Le terme ‘eikôn’ en grec voulant dire image, une confusion est en effet possible entre les représentations qui appartiennent au domaine de l’art en général, et celles qui sont du domaine de l’art de l’Icône, provenant de la tradition orientale. Ainsi, lorsque l’on parle d’iconographie mariale, il ne faut pas confondre les représentations artistiques de la Vierge Marie et les Icônes de la Vierge Marie, qui appartiennent à deux traditions très différentes. L’Icône est en effet plus qu’une œuvre d’art, ou qu’une simple représentation figurative: en tant qu’image de l’invisible, elle est le lieu d’une présence et est, pour cette raison même, utilisée dans la liturgie orthodoxe. C’est l’une des raisons pour lesquelles son histoire, ses règles canoniques et son utilisation dans la liturgie confèrent à l’art de l’Icône une identité particulière au sein de l’iconographie mariale.

 

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Les premières images de la Vierge Marie et du Christ

Il fallut un long chemin pour voir apparaître l'Icône telle que nous la connaissons aujourd'hui à travers ses représentations anciennes. Ce chemin traverse des contextes historiques complexes et des dépendances culturelles diverses. Il passe également par la guerre des saintes images, pendant laquelle la furie des iconoclastes a détruit d'innombrables icônes très vénérées.

Les premières images sacrées chrétiennes en Occident sont des peintures des catacombes du IIIe siècle. Elles montrent la Mère de Dieu lors de l’épisode de l'Adoration des Mages. Ces images sont donc subordonnées aux représentations du Christ, ce qui n'est pas étonnant: de même que la Mariologie s'est développée à partir de la Christologie, de même l'iconographie de Marie dépend de l'iconographie du Christ.

Mais les visages des catacombes, art funéraire qui va se terminer avec la fin des persécutions chrétiennes, ne sont pas des images du culte, des icônes : elles n’étaient pas vénérées et s’inscrivent donc dans la sphère du signe ou du symbole. L'image sacrée ne peut en effet dépasser cette limite, car l'Église n'avait à l’époque pas encore mis complètement en perspective les dimensions du mystère de l'Incarnation qui vont apparaître lors des premiers Conciles, et vont être décisives pour l’histoire de l’icône.

Histoire de l’Icône

Nous connaissons les icônes depuis le Ve ou VIe siècle. Cette longue tradition, qui s‘est perpétuée au fil des siècles, a traversé plusieurs crises, dont la fameuse ‘Querelle des Images’ ou crise iconoclaste, querelle religieuse qui, en interdisant la représentation des images saintes (les icônes) et leur culte, a déchiré l’Empire byzantin aux VIIIe et IXe siècles[1].

C’est le Concile de Nicée II, le 7è concile œcuménique (787)[2], qui a fixé le culte des images, en précisant que le champ de l’icône est réservé à une représentation du Christ, de la Vierge Marie ‘Mère de Dieu’, des anges, des saints ou d’événements liés à l’histoire du Salut.

Les fondements théologiques de l’Icône

Les icônes répondent en effet à un programme illustratif de la foi, fondé sur la notion d’image, permise par l’Incarnation du Christ. En effet, saint Paul nous dit que

"Le Christ est l'Image [visible] du Dieu invisible" (Col. 1, 15).

Le catéchisme de l’Église catholique développera cette relation du christianisme aux images en précisant que :

« L'iconographie chrétienne exprime en images la même Bonne Nouvelle que celle que les Saintes Écritures nous communiquent en mots. L'image et les mots s'illuminent.[3] »

Mais plus qu’une représentation, l’Icône est une épiphanie : ce qui est invisible se montre à nos yeux. Le ciel s’ouvre et laisse contempler ce que notre foi confesse. Le grand exemple de cette épiphanie est la Transfiguration : Pierre venait de proclamer, sur une Révélation du Père du Ciel, que Jésus était le Messie, le Fils du Dieu vivant, et tous les Apôtres l’ont entendu. Huit jours plus tard, avec Jacques et Jean, ils vont voir ce que leurs oreilles ont entendu. Leurs yeux vont voir que Jésus est le Fils du Dieu vivant, resplendissant de lumière. Toute Icône trouve là son véritable fondement.

La Vierge Marie dans les Icônes

Les premiers portraits peints de la Vierge Marie sont attribués à l'évangéliste Saint Luc[4] . D'après cette tradition, la vierge aurait béni ces icônes et leur aurait conféré la puissance de sauver ceux qui les vénéreraient. C’est la raison pour laquelle ces ‘prototypes’ peints par st Luc devinrent les canons de la représentation de la Vierge Marie dans les icônes. 

Le dogme de la Vierge Marie ‘Mère de Dieu’

À partir du IVe siècle, l'iconographie va connaître un développement très important. L'avènement de l'empereur Constantin au IVe siècle et sa conversion spectaculaire sont l’une des causes essentielles de ce développement, le christianisme devenant alors religion d'État en 380. Dès lors, l’Église entrant dans une ère de paix, débute une période de création esthétique qui va déterminer l'art des siècles suivants.

Mais il est un événement majeur dans l’histoire de l’iconographie mariale, qui est lié au développement dogmatique marial : un troisième concile œcuménique est réuni à Éphèse en 431 et proclame la Vierge Marie  ‘Mère de Dieu’ (Théotokos).Immédiatement, la représentation de Marie ‘Mère de Dieu’, trônant solennellement avec l'Enfant divin sur ses genoux , va s’imposer : on la nomme ‘Kyriotissa’[5] ou Vierge en majesté. Il existe plusieurs types d’icônes de la Vierge Marie : la Théotokos en majesté, les différentes Vierges d’intercession, l’Hodigitria et les Vierges dites de st Luc, les types maternels de tendresse et d’autres types dont nous aurons l’occasion de parler dans cette section.

 L'iconoclasme : la guerre des saintes images et le triomphe de l'Orthodoxie

Cependant, un grand duel va s'engager entre partisans et ennemis des icônes, appelés iconoclastes. Cette querelle religieuse, qui interdit la représentation des images saintes (les icônes) et leur culte, a déchiré l’Empire byzantin aux VIIIe et IXe siècles[6]. Elle est liée au culte des icônes, qui a été accusé d’être idolâtrique, au lieu d’être un culte de vénération. Mais il ne s’agit pas seulement d’une querelle religieuse ; c'est la fin d'une époque, l'aboutissement de multiples tendances, religieuses, politiques et économiques mettant en question les valeurs dans tous les domaines.

Le conflit s’arrête enfin avec un nouveau concile, convoqué par l’impératrice Théodora en 843, qui voit le triomphe de l'Orthodoxie (dont on peut voir l’icône ci-dessus) : dès lors la vénération des icônes dans toutes les églises est autorisée, et même encouragée, au nom du mystère de l'Incarnation du Verbe : "le Verbe indescriptible du Père s'est fait descriptible, en s'incarnant de Toi, Mère de Dieu."

 


[1] Pour comprendre les événements historiques et les fondements théologiques de l’iconoclasme, dans l'Encyclopédie mariale

[2] Pour en savoir plus sur les sept conciles œcuméniques, dans l’Encyclopédie mariale 

[3] Catéchisme de l'Eglise catholique, IIè partie: "La célébration du mystère chrétien", Les saintes images, section 1160, accessible en ligne 

 [4] Sur les icônes attribuées à saint Luc, dans l'Encyclopédie mariale

[5] La plus ancienne icône connue est sans doute celle de la "Vierge en majesté" conservée au monastère Catherine au Sinaï. La fameuse icône "Salus populi Romani", très vénérée à Rome, date du VII ou VIIIè siècle, comme celle de "Sancta Maria Antiqua", conservée aussi à Rome.

[6] Pour comprendre les événements historiques et les fondements théologiques de l’iconoclasme, dans l'Encyclopédie mariale

 

Bibliographie :

DONADEO Maria, Icônes de la Mère de Dieu, Paris, 1987

NOUWEN Henri, Behold the Beauty of the Lord, 1991

ROUSSEAU Daniel, L'Icône, Splendeur de Ton Visage, Paris, 1982

SENDLER Egon S.J., L'Icône, Image de l'invisible, Paris, 1981

SENDLER Egon S.J., Les icônes byzantines de la Mère de Dieu, Paris, 1992

Guide des icônes byzantines

 

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Pour en savoir plus

 

sur la sacramentalité de l'icône, dans l'Encyclopédie mariale

 

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Organisation de la section

 

L’étude de l’art des icônes commence par une définition générale, puis elle se centre sur les types d’icônes de la ‘Mère de Dieu ‘; les icônes liées au temps liturgique, les icônes les plus célèbres … l’étude se poursuit par une histoire de l’art de l’icône et des grands centres de l’iconographie, et se termine par une étude théologique, sur la sacramentalité de l’icône, qui évoque également le 2è Concile de Nicée de 787, relatif au culte des Saintes Images.

 

Équipe de MDN