Jérusalem : Quelques étapes de la Via Dolorosa


 

La ‘Via dolorosa ‘est le chemin que Jésus a emprunté avant sa Crucifixion, à Jérusalem. Cette ‘voie douloureuse, qui s’étend sur environ 500 mètres, est marquée de neuf des quatorze stations du Chemin de croix. Les cinq dernières stations se trouvent à l'intérieur de l'église du Saint-Sépulcre. Cette ‘Via dolorosa ‘est bien sûr un lieu de pèlerinage très important des Chrétiens. Au cours de la Passion de Jésus, Marie apparaît constamment présente à tous les épisodes du drame sanglant; elle en constitue pour ainsi dire le corollaire obligé. Il n'est donc pas étonnant que la tradition ait fixé sur le parcours de la ‘Voie Douloureuse ‘plusieurs chapelles ou sanctuaires qui rappellent la passion de la Mère des Douleurs.

 

 

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Quelques monuments de la Via dolorosa marquent les étapes des souffrances de la très sainte Vierge à la manière des chapitres d'une histoire poignante, dont on peut prendre la mesure grâce à l’hymne et séquence ‘Stabat Mater’ ,composée par le franciscain Jacopone de Todi[1]. Le Stabat Mater a été mis en musique par de très grands compositeurs.

- Notre-Dame du Spasme, sur le chemin du Golgotha

Quand, au XIIIè siècle, les pèlerins introduisirent la pieuse pratique du Chemin de la Croix, l'usage s'établit de faire halte à une église dédiée à Notre-Dame du Spasme, érigée en 1881, pour y commémorer la rencontre de Marie et de son Fils portant la Croix.

La tradition, qui fixe en ce lieu la rencontre, est cependant bien plus ancienne. Il existe en effet des preuves indiscutables de la présence antérieure d'une église byzantine : les excavations nécessitées par la construction de l'église arménienne actuelle ont mis à jour les restes d’un pavé byzantin en mosaïque du VIè ou du VIIè siècle peut-être, qui permet d'asseoir solidement la tradition.

De plus, un panneau entouré de frises représente deux semelles de sandales qui symbolisent le lieu de la rencontre. À mesure que l'on approche du Golgotha, les souvenirs de la présence de Marie se multiplient, avec les sanctuaires qui lui sont dédiés, sous des titres variés.

- Marie-Latine : Marie y aurait, un instant, repris quelques forces...

Cette église doit son appellation au quartier de la Ville habité par les Latins; elle fut assurément une église riche et belle.

Le temple luthérien dédié au Rédempteur qui s'élève aujourd'hui sur ses ruines a conservé substantiellement le plan et le style anciens, ce qui permet d'en admirer la majesté. Le titre marial de l'église fut donné par le clergé indigène.

Selon une tradition recueillie par les pèlerins de l'époque des Croisades, elle conservait la chambre dans laquelle Marie s'est retirée pendant que Jésus était conduit au supplice.

Cette tradition étonnante fut très populaire : au temps des Croisés, l'église conservait dans son trésor des cheveux que la très Sainte Vierge aurait perdus en cette douloureuse circonstance et les pèlerins les vénéraient avec une profonde dévotion.

 

- Marie-Majeure : une autre halte où la Mère du Supplicié aurait pu reprendre souffle...

La ténacité de cette tradition apparaît davantage dans l'église voisine connue sous le nom de Marie-Majeure. Selon le pèlerin allemand Théodoric, cette église était confiée à la garde des Bénédictines et aurait été érigée pour les mêmes motifs. En outre, les moniales conservaient les restes d'une chambre dans laquelle Marie aurait été enfermée sur l'ordre de Jésus, pendant qu'il était conduit au Calvaire.

Jusqu'en 1901, année où fut ouvert le marché grec du Mouristan à proximité de la façade de la Basilique du Saint-Sépulcre, on pouvait voir les restes de cette église médiévale.

Construite par les commerçants d'Amalfi quand, vers le milieu du XIè siècle, ils étaient en faveur à la cour du Sultan d'Égypte, elle fut reconstruite sous les Croisés avec une telle magnificence que son vocable primitif -Marie-Mineure- fut remplacé par celui de Marie-Majeure.

- Marie des Zélés : d'où Marie aurait assisté à la Crucifixion...

Selon l'hégoumène Daniel, l'église de Notre-Dame des Zélés avait été construite sur une petite élévation d'où la très sainte Vierge aurait suivi l'agonie de son Fils en croix.

En plus de fixer ce souvenir marial, le monument eut assurément une destination plus pratique car il fut l'église conventuelle des Zélés, ces moines qui, selon Egérie, assuraient au IVè siècle, les offices religieux de la Basilique du Saint-Sépulcre et qu’Élie, patriarche de Jérusalem (494-517), avait groupés là pour leur faciliter les exercices de la vie religieuse. L'église remonte donc à cette époque ainsi que son titre marial.

Une confirmation sûre de ces données est fournie par le calendrier de Jérusalem du VIIè siècle qui rappelle au 21 août la dédicace de «l'église de la Mère de Dieu au monastère des Zélés». À la suite des transformations de la Ville, il ne reste aujourd'hui que le nom de l'église; son emplacement correspond sans doute à la chapelle grecque actuelle de la Panaghia.

- Marie: le lieu où se tenait Marie, au pied de la Croix?

Au lendemain de la restauration de la Basilique du Saint-Sépulcre saccagée par les Perses en 614, les pèlerins commencent à signaler un oratoire carré situé à côté du Golgotha et dédié à la Vierge Marie.

Sa destination de rappeler le souvenir de la douleur extrême de Marie au pied de la Croix de Jésus est une preuve assurée de son emplacement. Si Saewulf (1102) atteste que l'oratoire est dédié à l'embaumement du corps de Jésus, il semble naturel d'expliquer que la dévotion des fidèles avait concentré logiquement sur le Calvaire les douleurs du Fils et de la Mère, de sorte que l'oratoire avait perdu sa destination originelle.

Selon toute vraisemblance, le changement s'est produit lors de la reconstruction de 1048 après les destructions du sultan Hakem. C'est précisément à la même occasion que, grâce aux largesses de l'empereur Constantin Monomaque, les parois de la chapelle du Calvaire furent revêtues de splendides mosaïques dont la plus appréciée des pèlerins est celle qui reconstitue la scène du Stabat Mater.

A l'époque des Croisés, l'oratoire fut sacrifié aux exigences du nouveau plan de la basilique du Saint-Sépulcre. Le souvenir de Notre-Dame des Douleurs fut alors fixé avec plus de précision et de logique sur le Calvaire lui-même, dans la nef nord de la Chapelle des Croisés, où les mosaïques byzantines ont été jalousement conservées.

La Chapelle des Francs : sur le Calvaire, un oratoire dédié à la Mère des Douleurs

En 1287, l'entrée extérieure de la chapelle du Calvaire fut murée. Et le portique fut alors transformé en un joli oratoire dédié à la Mère des douleurs et appelé « chapelle des Francs ».

Des événements douloureux ont amené la perte de la nef nord de la Chapelle des Croisés. Si les Catholiques ont pu jusqu'à ce jour se cramponner au rocher sacré du Calvaire, ce fut au prix d'immenses sacrifices pécuniaires et de l'héroïque fidélité des Franciscains.

Ce climat de contestations jamais éteintes et de vexations perpétuelles fut désastreux pour le précieux sanctuaire. Tandis que les Grecs, favorisés par les sultans de Constantinople, s'employaient efficacement à effacer les moindres traces de la splendeur de l'œuvre des Croisés, pour y substituer des peintures de mauvais goût, il n'était pas permis aux Franciscains de restaurer les mosaïques antiques de la chapelle du sud.

Ce fut seulement en 1935 qu'ils réussirent à obtenir de restaurer cette partie du sanctuaire qui leur appartient et d'en recouvrir les parois de mosaïques.

Les scènes de la Bible les plus appropriées réapparurent de nouveau dans des compositions brillantes qui invitent à la méditation et à la prière. Naturellement la Mère des Douleurs y occupe une place éminente. La mosaïque centrale interprète avec un noble réalisme la scène du Stabat Mater , tandis qu'une statue très expressive prolonge le regard compatissant et angoissé de la Mère de Jésus.


 

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Pour en savoir plus

 

Sur la Via dolorosa, en ligne 

Sur le Chemin de Croix, en ligne 

Pour prier les 14 stations du Chemin de Croix, en ligne