Arnaud de B († 1156) : Jésus et Marie unis au calvaire

Arnaud de Bonneval (1100-1156) : Marie unie au Christ rédempteur

Arnaud fut un ami personnel de saint Bernard dont il fut le biographe.

Il évoque de manière admirable le rôle de la Vierge dans le mystère du salut de l'humanité.

A l'Incarnation

Arnaud n’oublie pas la participation active de la Vierge à l’Incarnation (son voeu de virginité, le fait qu'elle conçoive dans l'esprit et la foi avant de concevoir dans la chair), suivant en cela les pères de l'Eglise [1 ].

Il est surtout étonnamment profond quand il parle de Marie à la Croix :

A la Croix

Le rôle de Marie au Calvaire se comprend dans l’amour :

« Elle restait devant à la croix dans l'attitude qui convenait à la Mère du Christ, peut-être parce que dans la mort elle voyait s'accomplir la rédemption du monde ; et elle pensait déjà ajouter, avec sa propre mort, quelque chose à la fonction exercée publiquement [par le Fils]. Mais Jésus n'avait pas besoin de l'aide d'autrui, lui qui dit : Je suis devenu comme un homme sans aide, libre entre les morts" (Ps 87,4-5 Septante).

Il accueillit l'amour de la Mère ; mais il ne rechercha pas son aide [2 ].

Ou mieux, il l'inclut aussi parmi ceux pour qui il offrait au Père le sacrifice de son sang, dans ce bienfait universel. » [3 ].

L'union entre Mère et Fils en arrive presque au point d'impliquer la Vierge dans le dynamisme ineffable de l'amour trinitaire :

« Le Père aimait le Fils et le Fils il aimait le Père ; et la Mère, après eux deux, brûlait d'amour. Tout ce qui restait différent dans les fonctions était une chose seule, une seule intention du Père bon, du Fils pieux et de la Mère ; l'amour produisait tout en commun, et la piété, la charité, la bonté se compénétraient. » [4 ]

Sur l’union totale de volonté entre Mère et Fils se fonde la coopération de Marie ; c’est une oblation unique :

« Le Christ était en effet mû par l'amour pour la Mère ; dans le Christ et en Marie il n'existait qu'une seule volonté, de sorte que les deux offraient à Dieu un holocauste unique : elle avec le sang du cœur, lui avec celui de la chair. » [5 ]

« La Mère et le Fils se partagent devant le Père ces devoirs suggérés par la piété. Avec une oeuvre extraordinaire de médiation, ils fortifiaient l’œuvre de la rédemption humaine et ils produisaient entre eux le fruit indestructible de notre réconciliation. » [6 ]

« Marie spirituellement s'immole au Christ et implore pour le salut du monde ; le Fils impètre ; le Père remet. » [7 ]

Au Ciel

Marie continue à exercer au ciel la fonction qu’elle avait déjà sur la terre, spécialement au Calvaire : apporter sa propre contribution pour le salut des hommes :

« Aussi bien elle [la mère] que le Fils se tiennent devant la face de Dieu et invoquent non le jugement mais la miséricorde en notre faveur ; et ils obtiennent à tous les pénitents la rémission des péchés » [8 ].

Le Christ et Marie ont au ciel cette fonction de miséricorde, l’un comme fruit de sa passion, l'autre avec sa maternité. [9 ]


[1 ] De laudibus B.M.V, PL 189, 1725 C - 1726 C

 

[2 ] cf. Saint Ambroise Expositio in Lucam, 10. 132. SC 52.200

 

[3 ] De laudibus B.M.V, PL 189,1731 B - C

 

[4 ] De septem verbis Domini in cruce, PL 189, 1695 A

 

[5 ] De laudibus B.M.V, PL 189, 1727 A

 

[6 ] Ibid., PL 189, 1726 D

 

[7 ] De laudibus B.M.V, PL 189, 1727 A

 

[8 ] Ibid., PL 189, 1733 A -1734 A

 

[9 ] Ibid., PL 189, 1726 CD


L. Gambero

Extraits de : L. GAMBERO, Maria nel pensiero dei teologi latini medievali, ed San Paolo, 2000 L. GAMBERO, Testi mariani del secondo milleno, vol III, Roma, 199, p. 177-184


Autre Bibliographie :

R. Struve HAKER, Arnoldo de Bonavalle, Primer teologo de la coredenciòn mariana, in Regina mundì (Bogotà), 7, 1963, p. 48-75.