La famille : le grand mystère (Jean Paul II)

La famille : le grand mystère (Jean Paul II)

[Le grand mystère]

Le « grand mystère », qui est l'Eglise et l'humanité dans le Christ, n'existe pas sans le « grand mystère » qui s'exprime dans le fait d'être « une seule chair » (cf. Gn 2, 24 ; Ep 5, 31-32), c'est-à- dire dans la réalité du mariage et de la famille.

La famille elle-même est le grand mystère de Dieu. Comme « Eglise domestique », elle est l'épouse du Christ.

L'Eglise universelle, et en elle chaque Eglise particulière, se révèle plus immédiatement comme épouse du Christ, dans l'« Eglise domestique » et dans l'amour vécu en elle : amour conjugal, amour paternel et maternel, amour fraternel, amour d'une communauté de personnes et de générations. [...]

[Descartes et le rationalisme moderne]

Le philosophe qui a énoncé le principe du "cogito, ergo sum", "je pense, donc je suis", a aussi imprimé à la conception moderne de l'homme le caractère dualiste qui la distingue. C'est le propre du rationalisme d'opposer chez l'homme, de manière radicale, l'esprit au corps, et le corps à l'esprit.

Au contraire, l'homme est une personne dans l'unité de son corps et de son esprit.

Le corps ne peut jamais être réduit à une pure matière : c'est un corps « spiritualisé », de même que l'esprit est si profondément uni au corps qu'il peut être qualifié d'esprit « incarné ».

La source la plus riche pour la connaissance du corps est le Verbe fait chair. Le Christ révèle l'homme à l'homme.

Cette affirmation du Concile Vatican II est, en un sens, la réponse, attendue depuis longtemps, que l'Eglise a donnée au rationalisme moderne.

[Le danger du nouveau manichéisme]

Lorsque le corps humain, considéré indépendamment de l'esprit et de la pensée, est utilisé comme matériel au même titre que le corps des animaux - c'est ce qui advient, par exemple, dans les manipulations sur les embryons et sur les fœtus -, on va inévitablement vers une terrible dérive éthique.

Devant une pareille perspective anthropologique, la famille humaine en arrive à vivre l'expérience d'un nouveau manichéisme, dans lequel le corps et l'esprit sont radicalement mis en opposition : le corps ne vit pas de l'esprit, et l'esprit ne vivifie pas le corps. Ainsi, l'homme cesse de vivre comme personne et comme sujet.

Malgré les intentions et les déclarations contraires, il devient exclusivement un objet.

Dans ce sens, par exemple, cette civilisation néo-manichéenne porte à considérer la sexualité humaine plus comme un terrain de manipulations et d'exploitation que comme la réalité de cet étonnement originel qui, au matin de la création, pousse Adam à s'écrier à la vue d'Eve :

« C'est l'os de mes os et la chair de ma chair » (Gn 2, 23).

C'est l'étonnement dont on perçoit l'écho dans les paroles du Cantique des Cantiques :

« Tu me fais perdre le sens, ma sœur, ô fiancée, tu me fais perdre le sens par un seul de tes regards » (Ct 4, 9).

Comme certaines conceptions modernes sont loin de la compréhension profonde de la masculinité et de la féminité offerte par la Révélation divine !

Cette dernière nous fait découvrir dans la sexualité humaine une richesse de la personne qui trouve sa véritable mise en valeur dans la famille et qui exprime aussi sa vocation profonde dans la virginité et dans le célibat pour le Règne de Dieu.

[Le rationalisme moderne ne supporte pas le mystère]

Le rationalisme moderne ne supporte pas le mystère. [...] S'il reconnaît, dans un contexte de vague déisme, la possibilité et même le besoin d'un Etre suprême ou divin, il récuse fermement la notion d'un Dieu qui se fait homme pour sauver l'homme.

Pour le rationalisme, il est impensable que Dieu soit le Rédempteur, encore moins qu'il soit « l'Epoux », la source originelle et unique de l'amour sponsal humain.

Il interprète la création et le sens de l'existence humaine de manière radicalement différente.

Mais s'il manque à l'homme la perspective d'un Dieu qui l'aime et qui, par le Christ, l'appelle à vivre en Lui et avec Lui, si la possibilité de participer au « grand mystère » n'est pas ouverte à la famille, que reste-t-il si ce n'est la seule dimension temporelle de la vie ? Il reste la vie temporelle comme terrain de lutte pour l'existence, de recherche fébrile du profit, avant tout économique.

Le « grand mystère », le sacrement de l'amour et de la vie, qui a son commencement dans la création et dans la rédemption et dont est garant le Christ-Epoux, a perdu dans la mentalité moderne ses plus profondes racines. Il est menacé en nous et autour de nous. Puisse l'Année de la Famille, célébrée dans l'Eglise, devenir pour les époux une occasion propice pour le redécouvrir et pour le réaffirmer avec force, avec courage et avec enthousiasme!

[Jean Paul II continue en contemplant Marie, mère du Bel amour].


Jean Paul II, Lettre aux familles §19

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