Fra Bartolomeo (1472-1517), Annonciation


Baccio della porta, dit Fra Bartolomeo, est entré au convent dominicain San Marco et a pris le nom de Fra Bartolomeo en 1500, après avoir été bouleversé par la prédication de Savonarole. Ce prédicateur dominicain avait fait de Florence une république chrétienne de 1494-1498 et recommandait d'éviter l'ostentation luxueuse des matières et des décors, demandant au contraire une peinture sobre, susceptible de transmettre simplement un message spirituel accessible au plus grand nombre. L’Annonciation qu’il a réalisée vers 1500 reflète cette esthétique, d’une grande sobriété.

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Une Annonciation peinte sur la porte d’un tabernacle

L’Annonciation de Fra Bartolomeo, peinte sur la porte d’un tabernacle, relie ainsi le mystère de l’Annonciation à celui de l’Eucharistie. Elle est datée des années 1500.

Avec une esthétique adoucie par la technique du sfumato et l’utilisation de la grisaille qui lie à la fois le décor et les protagonistes de ce dialogue, Fra Bartolomeo nous peint la scène dans un clair-obscur de camaïeux qui confère à cette scène un caractère surnaturel.

La Vierge Marie, agenouillée, surplombe la figure de l’ange. Il n’y a pas de figuration de la descente de l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe, ni de rayon de lumière descendant du ciel. Le mystère de l’Incarnation va être figuré d’une autre façon.

Une colonne, symbole christique reliant ciel et terre, structure et divise l’espace qui, comme le dit Georges Didi Huberman, devient « un lieu virtuel, ambigu ». En effet, la porte encadrée que l’on voit dans le fond du tableau est fermée à gauche de la colonne et ouverte à droite. On devine dans l’entrebâillement de la porte une figure qui met le spectateur en lien avec la scène et nous convie à nous approprier la scène.

Ainsi, comme le dit Georges Didi Huberman,

« Le spectateur est interpellé, attiré dans le tableau, par son positionnement et aussi par le caractère énigmatique de la composition. Il ne peut pas rester passif. Il est obligé de s'interroger : le présent rejoint l'histoire passée et le mystère à-venir. »

Le mystère de l’Incarnation

Le rideau que la Vierge Marie écarte est comme une façon de nous dévoiler la scène, et de nous introduire au mystère. Le fait que le spectateur de la scène soit impliqué le met ainsi discrètement, mais de façon très présente, en lien avec le mystère de l’Incarnation : c’est pour nous sauver que le Christ est venu, et la porte du tabernacle, support de cette Annonciation, garde mémoire de ce grand mystère.

Source:

-Daniel Arasse. L'Annonciation italienne. Paris: ed. Hazan, 1999. p.256

-Georges Didi-Huberman. Fra Angelico: dissemblance et figuration. Paris: ed. Flammarion, 1995. p.251.

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Pour en savoir plus

-sur l’Annonciation, dans l’Encyclopédie mariale

www.mariedenazareth.com/index.php

-sur l’Annonciation dans l’art, dans l’Encyclopédie mariale

www.mariedenazareth.com/encyclopedie-mariale/la-vierge-marie-dans-lart/panorama-artistique-de-la-vie-de-jesus-et-de-la-vierge-marie/lannonciation-dans-lart/

 

Isabelle Rolland