La beauté humaine intérieure ou extérieure : en Orient et en Occident

La beauté humaine intérieure ou extérieure, en Orient et en Occident

La beauté est harmonie. Et lorsque la beauté humaine extérieure exprime l'harmonie intérieure de l'être, elle devient rayonnante. Dans l'art religieux -et particulièrement dans l'art concernant Marie- l'harmonie physique s'identifie à une splendeur intérieure (que l'archange Gabriel a saluée comme "pleine de grâces"), d'où émane cette beauté humaine extérieure que tant de milliers d'artistes, en Orient comme en Occident ont voulu traduire, dès l'époque de Jésus (1).

De l'intériorité romane, à l'émotion esthétique de la Renaissance

On note cependant, dans la façon d'évoquer la beauté de la Vierge, des tendances très diverses selon les époques et les peuples, ce qui rend l'art marial si riche d'une profusion trop souvent insoupçonnée, car la Mère de Jésus est vraiment la "Dame humaine" la plus universellement célébrée dans les arts de toutes les cultures! Même si, de façon générale, l'on trouve en Occident, très tôt (2) et jusqu'à la fin du Moyen Age, surtout des représentations de la Vierge (fresques, mosaïques, tableaux, sculptures romanes ou gothiques) qui incitent à une émotion spirituelle et intérieure plutôt qu'à une émotion "plastique", dès la Renaissance italienne (XVè siècle), un tournant s'opère dans l'art occidental qui tend à glorifier la beauté sous un angle plus extérieur, magnifiant la splendeur des formes corporelles, ou insistant sur l'émotion affective.

Des Vierges plus incarnées en Occident, plus contemplatives en Orient

Qui ne connaît les madones plantureuses de Rubens, Raphael, Van Dyck, le réalisme joyeux des Vierges à l'Enfant du Perugino, ou douloureux des visages du Greco ? De même l'art de la statuaire devient baroque et flamboyant, privilégiant une certaine magnificence plus incarnée -et même plus opulente. Dans le même temps, l'art marial en Orient, essentiellement dominé par l'école iconographique byzantine (russe), a privilégié depuis les premiers siècles et jusqu'à ce jour, une peinture beaucoup plus directement contemplative : les icônes, devenues aujourd'hui célèbres dans le monde entier, et devant lesquelles nous prions maintenant dans nos oratoires occidentaux...

En effet, tout l'art de l'iconographe est d'inciter, par la peinture, l'âme à se mettre en prière. De la bien connue Vierge Noire de Czestochowa (Pologne) à la tout aussi célèbre Notre Dame de Kazan (Russie), des Madones maronites aux Theotokos grecques, la beauté qui émane de Marie, y est avant tout une splendeur intérieure et céleste.

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(1 ) cf le portrait de Marie attribué à saint Luc l'Evangéliste, voir article : "Le portrait de Marie".

(2 ) Les premières représentations de la Mère à l'Enfant, remontent au IIIè siècle, sur les fresques découvertes dans la catacombe romaine de Priscilla.