Salus Populi Romani (Ste Marie majeure)


L’icône que l’on appelle ‘ Salus Populi Romani (en français : ‘ Salut du peuple romain’) est une icône miraculeuse, qui se trouve depuis 1613 dans la chapelle Pauline (ou Borghese, à gauche de la nef centrale) de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Romele plus ancien sanctuaire marial non seulement de Rome mais de tout l’occident. Selon la Tradition, elle est attribuée à l'évangéliste saint Luc. Elle représente la Vierge Marie portant l'Enfant Jésus et a fait l'objet d'une dévotion particulière, au-moins depuis le XIIIe siècle. Elle est intimement liée au développement du culte marial, notamment chez les Jésuites.

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Origine du nom de l’icôneSalus Populi Romani

Le nom de cette icône lui est venu de la protection qu’elle a exercée à Rome : en 593, le pape Grégoire 1er la porta en procession à travers la ville pendant la terrible peste de Justinien. Elle fut également priée en 1571par le pape Pie V lors de la célèbre bataille de Lépante, d’une épidémie de peste en 1660, lors d’un tremblement de terre au XVIIIès, d’une épidémie de choléra en 1837… Ainsi, l’icône a peu à peu été considérée comme miraculeuse, source de salut, et a accompagné de sa protection les événements les plus importants de la vie religieuse, mais aussi de la vie civile de Rome.

Une icône priée dans le monde entier

L’icône Salus Populi Romani est priée et vénérée dans le monde entier. Grâce à saint François Borgia (1510-1572), alors 3e Supérieur général (de 1565 à sa mort), des copies de l’icône Salus Populi Romani , destinées la mission, furent réalisées avec la permission du pape Pie V. St François Borgia en offrait une à chaque jésuite qui partait en mission, et c’est ainsi que la dévotion mariale progressa jusqu’en Asie.

Melchior Küsell. Portrait de st François Borgia avec l'icône Salus Populi Romani, XVIIès.

Ce développement de l’art jésuite par l’icône Salus Populi Romani explique qu’au Japon, par exemple, le musée des 26 martyrs de Nagasaki conserve une fameuse « Madone de la neige » [1](Sancta Maria ad Nives ou Yuki no Santa Maria), datant de la fin du XVIès ou du début du XVIIès, attribuée à l'atelier de l'école jésuite Niccolò au Japon. On sait d’autre part que Matteo Ricci emporta une copie de la Salus Populi Romani en Chine afin de l’offrir à l’empereur chinois. Cette notoriété et cette diffusion de l’icône tient aussi au fait qu’elle est liée à la basilique sainte Marie Majeure, le plus ancien sanctuaire marial non seulement de Rome mais de tout l’Occident.

St François Borgia fit développer des ateliers pour reproduire cette icône, et la diffusa également dans les collèges jésuites, pour y développer la dévotion mariale.

Une icône symbolisant la protection mariale et vénérée par les papes

Masolino da Panicale, Fondation de Sainte-Marie-Majeure. XVès.Public domain, via Wikimedia Commons.

La basilique sainte Marie Majeure, dans laquelle a été installée depuis le XIIIès l’icône Salus populi romani, a été érigée au lendemain du concile d'Éphèse de 431, qui proclama le dogme de « Marie Mère de Dieu ». Elle est l’une des premières églises dédiées à la Vierge Marie, et l’histoire de l’icône lui est intimement liée. Ainsi, l’icône a reçu un couronnement canonique du pape Grégoire XVI le 15 août 1838, accompagné de la Bulle pontificale Cælestis Regina, et, pour le 15è centenaire du concile d’Éphèse, en 1931, le pape Pie XI organisa à Rome un congrès spécial pour honorer la Salus populi Romani.

Le pape Pie XII rendit hommage à l’icône Salus Populi Romani à l’occasion de la proclamation du dogme de l’Assomption, en 1950 et, en 1953, l’icône fut transportée à travers la ville pour célébrer le début la première année mariale de l'histoire de l'Église. L'année suivante, Pie XII couronna l'icône en introduisant une nouvelle fête mariale[2]. Le pape Jean Paul II confia l’image aux jeunes pendant la journée mondiale de la jeunesse à Rome en 2000. « Dorénavant, avec la Croix, celle-ci accompagnera les Journées mondiales de la jeunesse. Elle sera le signe de la présence maternelle de Marie, à côté des jeunes, appelés comme l’apôtre Jean, à l’accueillir dans leur vie » annonça le pape à l’angélus du 13 avril 2003. Les papes Benoît XVI et François ont tous honoré la Salus Populi Romani par des visites personnelles et des célébrations liturgiques. Pour sa première sortie du Vatican, quelques heures après son élection, le pape François s'est d’ailleurs rendu en pèlerinage à la basilique -Marie-Majeure, le jeudi matin, pour saluer la Madonna Salus Populi Romani.

Le dernier dimanche de janvier, chaque année, la basilique Sainte-Marie-Majeure célèbre la fête de la Translation de l’icône Salus populi Romani, et nombreux sont ceux qui viennent y honorer l’icône. Elle est ressentie comme un palladium, un bouclier de protection pour la ville de Rome, et la fête de Notre-Dame-des-Neiges est célébrée le 5 août dans l’Église catholique. Cette fête est liée sinon un miracle, du moins un signe extraordinaire en plein été : le matin du 5 août 358, le mont Esquilin a été couvert de blanc, par du givre ou de la neige. Cet événement décida le pape Libère à placer sur cette colline le sanctuaire qu'il avait décidé d'édifier en l'honneur de la Mère de Dieu. C'est pourquoi la basilique Sainte-Marie-Majeure est souvent appelée « la basilique libérienne » ou Notre-Dame des Neiges.

Une récente restauration par les Musées du Vatican

L’icône Salus Populi Romani a fait l’objet d’une restauration par les Musées du Vatican, puis elle a été réinstallée dans la basilique avec une messe présidée par le pape François, le 28 janvier 2018.

Le dimanche 15 mars 2020, pendant l’épidémie de COVID, le pape François s’est rendu en pèlerinage pour prier devant cette icône, puis le 27 mars, il l’a fait venir ainsi que le crucifix de saint Marcel devant la basilique Saint-Pierre de Rome, d'où il présida un temps de prière pour l'arrêt de la pandémie.

L’icône "Salus Populi Romani"

Le type iconographique du "Salus Populi Romani" rappelle celui du Hodigitria[3], même si cette icône est antérieure au développement de l’Hodigitria.

Ses grands yeux en amande regardent intensément l'observateur. Le menton est nuancé. Le visage dégage force et confiance, ce qui justifie le nom de “Notre Dame du réconfort”.

La Vierge Marie tient dans sa main gauche un mouchoir. Il s’agit d’une pièce de tissu blanche appelée mappa, symbole d'autorité consulaire dans la Rome antique et à Byzance, puis symbole impérial, qui permet de désigner la Vierge Marie comme Reine du ciel (Regina coeli). Elle porte à sa main droite un anneau doré.

L’inscription et la désigne comme Mère de Dieu (mètèr Théou)

Le sacrifice pascal

La Vierge est représentée aux deux tiers du buste et apparaît clairement en position debout. Avec le bras gauche, elle soutient l'Enfant. La main droite, plutôt que de le montrer, s'appuie sur la main gauche en forme de croix.

Le réalisme des mains croisées était connu au temps de Jean VII, au VIII° siècle : on peut y voir un rappel explicite du sacrifice pascal du Seigneur.

Une connotation eucharistique

Les icônes montrent à l'Église terrestre, réunie en assemblée liturgique, la présence de l'Église céleste, qui est, elle aussi, une assemblée qui, en permanence, prie et célèbre.

En chacune des deux assemblées, céleste et terrestre, la Vierge Marie est la première, la reine des saints, la Mère du Seigneur des saints.

L'art chrétien, justement considéré comme "collaborateur de la liturgie" (Pie XII), a vu et souligné le rapport théologique qui existe entre l'Eucharistie et Marie.

En tant qu’elle "guide" vers le Seigneur; la Vierge adresse aux fidèles cette invitation triple:

- “Venez écouter le Christ, le Verbe Sagesse, le prophète et le maître !" (Liturgie de la Parole);

- “Venez célébrer et le Seigneur, le grand Prêtre du Père pour l'humanité !” (Prière eucharistique;

- “Venez, mangez et buvez le Christ, dans son pain de vie et dans le calice de l'Esprit !” (Rites de communion).

Du sein immaculé de Marie, le Christ, soleil de salut, se lève.

De Marie, Trône royal de la Sagesse divine et incarnée, le Sauveur se révèle au monde.

Quotidiennement, le Seigneur est célébré dans l'Eucharistie, mémorial de sa mort et de sa Résurrection, et Pain de vie pour tous ceux qui l'accueillent docilement.


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Pour en savoir plus

-sur la basilique Sainte-Marie-Majeure (Rome), dans l’Encyclopédie mariale

Sergio Gaspari et l’équipe de MDN.