Réforme de Cluny (X° siècle) - St Odon, St Odilon

Réforme de Cluny (X° siècle) - St Odon, St Odilon

La féodalité et la décadence [1]

Au IX° siècle, les Normands envahissent l'empire carolingien, pillent les monastères, dévastent les villes, et paralysent la vie des diocèses. Les Sarrasins pillent les côtes d'Italie et le pape se juge menacé. Les Hongrois poussent leurs incursions jusqu'en Champagne. Les chevaliers se lient à un seigneur puis puissant que lui, les engagements d'hommes à hommes créent la féodalité.

Riches en bien fonciers, évêchés et abbayes deviennent des fiefs et sont intégrées dans la féodalité.

Les évêchés deviennent des biens de famille, ou un rouage de l'Etat.

Tout se vend ("simonie"), les évêchés, les paroisses, les sacrements.

Le concubinage des prêtres se répand ("nicolaïsme"). Le mariage des prêtres entraîne leur succession de père de fils dans les paroisses.

La décadence entraîne aussi les moines, en raison de la nomination d'abbés laïcs soucieux de vie mondaine, de la participation des moines aux expéditions militaires des seigneurs dont ils sont devenus les vassaux, et de l'obligation qui leur est faite de donner l'hospitalité aux princes (qui viennent avec leur famille et leur suite pour séjourner dans les monastères !).

La réforme de Cluny [1]

La décadence des monastères était venue d'une relation anormale entre la noblesse féodale et les moines devenus leurs vassaux.

Le renouveau vint d'un noble et d'un moine, deux hommes profondément chrétiens.

Deux hommes en effet concururent à la fondation de Cluny en l'an 909-910 : un laic, le duc d'Aquitaine (Guillaume le pieux) et un moine, le bienheureux Bernon.

Dès sa fondation, le monastère de Cluny est soustrait au pouvoir des laïcs.

Ce qui signifie que la vie monastique reprend ses droits...

Le successeur du bienheureux abbé Bernon, saint Odon (abbé de 926 à 942) donne à Cluny un rayonnement universel : il parcourt les routes, de monastères en monastères (en France et en Italie), il commente la règle de saint Benoît, et laisse sur place quelques moines de Cluny pour que la réforme prenne effet.

Cette réforme exemplaire répandra un renouveau dans toute la chrétienté et fera aussi germer l'idée de la fin de l'investiture laique des évêques, ce qui n'adviendra que plus tard.

Caractéristiques de Cluny [1]

  • Le monastère amplifie la vie liturgique.
  • L'activité artistique s'y développe.
  • Cluny organise surtout le ministère de la charité, qui représente une visée fondamentale du monastère. Cette charité s'exerce à l'égard des clercs, des pèlerins et des pauvres. Régulièrement, on y distribue aux pauvres de la nourriture, y compris de la viande, des vêtements et des chaussures.

Cluny et la Vierge [2]...

La réforme de Cluny apporta un accroissement surprenant de la pitié mariale, à la fois à travers une multiplication extraordinaire des sanctuaires dédiés à la Mère de Dieu et à travers la prédication d'une dévotion tendre et convaincue envers la Vierge .

On peut observer que c'est vraiment de Cluny que s'est répandu le titre marial de « Mère ou Reine de la miséricorde ».


[1] Cf. Paul CHRISTOPHE, L'Eglise dans l'histoire des hommes, Droguet Ardent, 1982, p. 240-251 et E. AMMAN, A DUMAS, Histoire de l'Eglise tome VII, sous la direction de A. FLICHE et V MARTIN, L'Eglise au pouvoir des laïques, Bloud&Gay, Paris 1942, p. 320-332

[2] Cf. L. GAMBERO, Maria nel pensiero dei teologi latini medievali, ed San Paolo, 2000, p. 97


Synthèse F. Breynaert