Maximin : un enfant étourdi (La Salette)

Maximin : un enfant étourdi (La Salette)

Nul n'était plus étourdi que moi. Si bien qu'un jour mon père m'ayant donné une chèvre et une brebis à garder, afin de jouer plus à l'aise, j'attachais la brebis qui cherchait continuellement à rejoindre les siens, sur le bord d'un précipice, sans prévoir qu'il lui arriverait malheur [...]

Ne me suis-je pas montré grossier pendant l'apparition elle-même ? Si j'ai fait un mensonge devant la Très Vierge, en lui affirmant que je n'ai jamais vu de blé gâté, on ne peut s'en prendre qu'à mon ingrate mémoire. Seulement à ma place, un enfant mieux élevé que moi aurait commencé par dire : « Je ne me rappelle pas ».

Puis encore, pendant que la belle Dame parlait à Mélanie, je faisais rouler avec mon bâton des pierres jusqu'auprès de ses pieds, mais sans les toucher. Cela me fait extrêmement honte depuis que Mélanie l'a dit.

Après un petit bout de causerie sur ce que nous venons de voir et d'entendre, je proposais à Mélanie, avec la légèreté si naturelle à l'enfance, de recommencer notre jeu de la veille, qui consistait à enfoncer notre couteau dans le gazon, à découper une motte de gazon et à la faire porter par celui des deux qui n'avait pas eu l'adresse ou le bonheur d'enfoncer davantage le couteau en terre et à obliger le vaincu à courber l'échine et à s'avancer à quatre pattes vers le but désigné.

Encore, si ma turbulence ne s'en tenait que là. Que de tours pendables ne m'est-il arrivé de jouer aux bons pèlerins que je promettais d'accompagner à la Salette ! Je les plante à mi-chemin pour m'amuser à chercher des nids à travers bouis, taillis, champs et genêts. Un jour, le muletier avait beau affirmer au chanoine d'Evreux, le premier historien de la Salette, M. Bez, que je parviendrai au Planeau avant eux, je les fis attendre quatre heures [...] ma culotte fendue en deux et maculée de jaune d'œuf. [...] Il me dit en redescendant : « Je ne sais pourquoi la Mère du Ciel t'a choisi. Il lui fallait sans doute un bon étourdi comme Maximin, qui ne vît rien dans l'Evènement du 19 septembre et qui ne s'en aperçut pas lui-même. Elle t'a laissé tous tes défauts pour faire bien voir que c'était bien elle et elle seule qui agit dans cette sublime Apparition... »


A.Le Baillif, Triomphe de Notre Dame de la Salette dans l'un de ses témoins, Maximin peint par lui-même. Claet-Ballivet. Nîmes, 1881. Cités par René LAURENTIN, Michel CORTEVILLE, Découverte du Secret de la Salette, Fayard, 2002, p. 206-207